Des réseaux de biotopes

Au Val-de-Ruz comme ailleurs en Suisse, les espèces liées aux milieux pionniers* humides ont vu leurs habitats disparaître progressivement à cause de l’endiguement des cours d’eau et du drainage des zones humides.

Le crapaud accoucheur (Alytes obstetricans) vit naturellement au bord des rivières dynamiques, où les crues remodèlent le terrain et créent des habitats « remis à neuf ». Depuis 1900, plus de 90% des cours d’eau ont été canalisés en Suisse et c’est autant d’habitat perdus pour cet amphibien. Les gravières, lieux en constante évolution, offrent aujourd’hui un habitat de substitution à ce crapaud et à d’autres espèces pionnières. Cependant, la survie de ces populations n’est pas assurée sur le long terme, car la plupart des gravières sont appelées à être comblées à la fin de leur exploitation.

A la suite d’un inventaire des étangs réalisé par l’association dès 2011 au Val-de-Ruz, 30 plans d’eau ont été recensés. La plupart étaient à un stade d’évolution avancé et par conséquent, inhospitaliers pour les espèces pionnières. C’est ainsi qu’est lancé en 2012, à l’occasion des 25 ans de l’association, le projet de créer « 25 étangs pour le crapaud accoucheur au Val-de-Ruz ». L’objectif visé est d’une part de rendre les points d’eau existants plus favorables au crapaud accoucheur et d’autre part, de favoriser les échanges génétiques en reconnectant les populations entre elles. En effet, cet amphibien n’a qu’une faible capacité de dispersion (entre 300 et 500 m) et reconnecter les populations entre elles nécessite de recréer un maillage serré de plans d’eau.

Ainsi, pendant les premières années, le projet s’est principalement concentré sur l’entretien d’une dizaine d’étangs abritant encore ce crapaud, afin de maintenir leur caractère pionnier et de renforcer les populations résiduelles qui s’y trouvaient. Le projet a ensuite bénéficié d’un coup d’accélérateur grâce aux partenariats noués, à la planification réalisée en amont et à l’expérience acquise. Entre 2022 et 2025, SeyonVivant a aménagé treize nouveaux étangs le long de la lisière entre Cernier et Dombresson. En effet, un volet du projet consiste à connecter deux anciennes marnières habitées par ces crapauds, en créant un réseau de biotopes entre deux.

Dans les années à venir, afin d’anticiper le comblement des gravières dans la région de Coffrane, il est prévu d’y aménager 16 étangs afin de créer là aussi un réseau fonctionnel de biotopes humides à caractère pionnier. Parallèlement à cela, SeyonVivant continuera d’assurer l’entretien régulier des étangs aménagés dans le cadre de son projet ainsi que les étangs préexistants qui abritent les populations résiduelles. Il est essentiel d’éviter leur atterrissement en limitant le développement de la végétation qui leur ferait perdre leur caractère pionnier.

La coordination du projet a été assurée pendant plusieurs années par Christophe Poupon et depuis 2021, elle l’est par Astrance Fenestraz. La coordinatrice est secondée dans sa tâche par le « groupe étangs » de l’association.

* Milieu pionnier : milieu naturel caractérisé par des zones de sol nu ensoleillées. Une dynamique liée à des perturbations naturelles (éboulements, crues, etc.) ou d’origine humaine (extraction de matériaux, piétinement, etc.) maintiennent une végétation clairsemée.

Le crapaud accoucheur et compagnie

Le crapaud accoucheur ou « alyte » (Alytes obstetricans) est un petit amphibien menacé en Suisse. Il figure sur la liste des espèces prioritaires au niveau national.

Discret en raison de sa taille et de son camouflage, il peut toutefois être repéré dès la fin du printemps pendant les belles soirées grâce aux notes flûtées que le mâle émet. Après la fécondation, le mâle enroule les chapelets d’œufs autour de ses pattes arrière et les protège dans un petit terrier humide et chaud. Au bout de 20 à 50 jours, il dépose les œufs dans un point d’eau afin qu’ils puissent éclore. Aux altitudes du Val-de-Ruz, les têtards ont besoin de deux étés pour se transformer en crapaud et passent donc un hiver au fond de l’eau.

Si le crapaud accoucheur est relativement peu exigeant en matière de plan d’eau pour se reproduire, il est plus difficile de le satisfaire en termes d’habitat terrestre. En effet, cet amphibien affectionne des talus bien exposés au soleil où la végétation n’est que clairsemée ; les sols meubles et les structures (tas de pierres ou bois, souches) offrant de multiples possibilités de se cacher rencontrent également son affection. Le tout doit enfin se trouver à proximité d’un point d’eau permanent et pour une meilleure survie des têtards, idéalement exempt de gros prédateurs tels que les poissons.

Véritable « espèce parapluie », le crapaud accoucheur est un animal aux exigences écologiques élevées dont la protection profite à de nombreuses autres espèces. Chaque étang est aménagé en fonction des exigences de l’alyte et profite à de nombreuses autres espèces. Lorsque les conditions s’y prêtent, certaines mesures supplémentaires viennent élargir le cortège d’espèces favorisées. Ainsi, ce projet bénéficie non seulement à ce petit amphibien, mais aussi au lézard agile qui souffre de la disparition des friches, des zones de sol nu et des petites structures. Plusieurs espèces d’abeilles sauvages dites « terricoles » font leurs nids dans les structures aménagées pour le crapaud. Des amphibiens plus communs (grenouille rousse, triton alpestre), certains oiseaux et le muscardin y trouvent également leur compte.

Nos réalisations

L’aménagement de nouveaux plans d’eau n’est pas aisé car la majorité des zones naturellement humides ont été drainées et sont encore utilisées pour nos besoins.

Bien souvent, les seuls espaces disponibles se situent dans des zones ne retenant pas ou plus l’eau. Ainsi, la plupart des étangs sont réalisés avec une étanchéité artificielle. Évidemment, lorsque les conditions le permettent, l’étanchéité naturelle est privilégiée, à l’instar des anciennes marnières revitalisées possédant encore un fond de marne suffisamment imperméable.

Les milieux humides sont des éléments indispensables à un paysage rural structuré et agréable. Une attention particulière est donc portée sur le choix des emplacements et des matériaux (pierres, bois), respectivement selon la topographie et les éléments environnants, de manière à intégrer ces aménagements au paysage vaudruzien.

Carte interactive

Cliquez sur les repères rouges afin d'obtenir des informations sur l'étang sélectionné. Les informations s'affichent SOUS la carte. Vous pouvez zoomer en double-cliquant sur la carte ou en utilisant la molette de la souris (ou par pinch de votre touchpad). Vous pouvez aussi utiliser les boutons de zoom en haut à gauche.

Nos soutiens

Lors de son lancement en 2012, le projet « 25 étangs pour le crapaud accoucheur au Val-de-Ruz » a bénéficié d’un important soutien de départ. En effet, Pro Natura Neuchâtel a alloué un prix de 25'000 CHF dans le cadre de son concours « 50 idées pour la nature neuchâteloise ». Sans celui-ci, le projet aurait difficilement pu se mettre en route et nous leur en sommes reconnaissants.

En complément, SeyonVivant a engagé des fonds propres pour compléter le financement de certaines de ses réalisations. Toutefois, les ressources nécessaires à la mise en œuvre de ce projet sont principalement fournies sous forme de travail bénévole qui se compte en centaines d’heures. Le projet bénéficie également de prestations financières ou en nature fournies par des partenaires externes.

Enfin, la bonne collaboration avec la Commune de Val-de-Ruz et son service forestier ont permis une réalisation sans embûche des travaux par des entreprises de la vallée. Nous nous réjouissons de travailler ensemble sur les nouvelles réalisations à venir.